Une Incursion dans l’écosystème startup du Québec

« Ça fait quand même drôle d’avoir du hockey au mois de juillet ! »

C’est Louis-Félix Binette, président directeur de MAIN, qui ouvre le bal en riant. Derrière leur écran, aux quatre coins du Québec, on entend presque tous les participant.e.s hocher la tête — encore un peu émerveillé.e.s de la victoire surprise de la veille. 

Drôle de saison, oui. Mais drôle d’année surtout. Parce qu’au-delà du mix piña-colada-mise-en-échec, tous ceux et toutes celles qui se sont branché.e.s ce matin du 6 juillet 2021 le savent: la dernière année en a été une de rebondissements, d’incertitude et de montagnes russes vertigineuses — pire qu’un 3 à 2 en prolongation. 

Alors qu’on commence doucement à voir le bout du tunnel, que les beaux jours d’été s’installent et que les road trips se planifient, MAIN a proposé à l’écosystème startup québécois un dernier rendez-vous avant les vacances pour dresser un bilan de l’année, et discuter ensemble de la suite des choses. En somme, une petite Incursion dans l’écosystème startup du Québec pour se donner la chance de se raconter nos bons coups, nos embûches et nos projets. On vous raconte.

Après un an de crise… comment ça va?

Dès le début de la pandémie, MAIN a sondé régulièrement les startups québécoises pour mieux comprendre leur état, leurs défis et leurs besoins. Après plus d’un an de ce Baromètre startup, MAIN a présenté mardi une synthèse de l’ensemble de ses résultats. Une question centrale au menu: comment se portent les startups québécoises, et les acteurs et actrices dont le métier est de les accompagner?

Sans surprise, les données montrent que la crise sanitaire a eu un impact important sur le milieu startup du Québec. Durant les premiers mois, c’est près de la moitié des entrepreneur.e.s qui envisagent l’avenir de manière négative, prévoyant voir leur chiffre d’affaires baisser drastiquement. Financement, développement, recrutement: les défis abondent mais les entreprises réagissent rapidement. 87% d’entre elles relatent avoir implanté au moins un changement permanent en réponse à la crise, tandis que 63% disent avoir modifié leurs priorités d’affaires.

Derrière elles, c’est également tout un écosystème qui s’est mobilisé: des mesures gouvernementales aux services d’accompagnement, les entreprises québécoises ont pu prendre appui sur une série de ressources variées. Un constat marquant? 83,9% des startups accompagnées évaluaient leurs chances de survie comme fortes, pour 33,3% pour les startups non accompagnées. Plus que jamais, l’accompagnement a montré qu’il faisait la différence.

Résultat: un écosystème qui a su traverser la crise en repérant les opportunités d’affaires et les nouvelles avenues d’innovation. Aujourd’hui, la grande majorité des startups se disent en meilleure posture qu’avant la crise et 63% des acteur.trice.s de l’accompagnement déclarent que la crise a eu un impact positif sur leur organisation. Des résultats qui témoignent de la grande force de résilience et de l’inventivité de notre écosystème startup. Comme dirait notre collègue Alexandra: « je suis émue ».

Inventer la suite des choses

L’événement Incursion a également été l’occasion d’échanger avec des personnalités aux parcours inspirants, réunies pour discuter des impacts de la dernière année et des possibilités de la suite. Jean-Yves Bourgeois, Premier vice-président Services aux entreprises au Mouvement Desjardins, Céline Juppeau, fondatrice de la startup Kotmo et Jean-Philippe Boily, fondateur de Metrics Watch, ont ainsi pu échanger sur leurs expériences et leurs perspectives d’avenir. 

Leurs prédictions pour les prochains mois? Pour Jean-Philippe, pas de doute: après une accélération de la croissance dans son secteur — attribuable à la ruée vers le commerce en ligne —, on risque d’assister à une stabilisation vers un nouveau rythme, certes adapté aux impératifs du virtuel. Pour Céline, les prochains mois devront être l’occasion pour les startups d’explorer leur rôle et leurs responsabilités face aux défis sociaux et environnementaux grandissants. « Il faut que les entreprises et les acteurs de l’accompagnement intègrent ces enjeux au cœur de la relance économique », explique-t-elle.

Accompagner: un jeu d’équipe

La question du rôle des acteur.trice.s de l’accompagnement et des institutions financières a également donné lieu à d’intéressantes discussions. Pour Céline, la croissance d’une entreprise doit avant tout s’envisager comme une course à relais menée en équipe.

Je pense que c’est important de comprendre en tant qu’entrepreneur.e.s que ce n’est pas UN seul acteur, UNE seule organisation qui peut répondre à toutes nos demandes. Je pense qu’on doit faire le travail de mieux comprendre qui peut répondre à quel besoin et à quel problème — et je crois que c’est le rôle des accélérateurs et des incubateurs de guider les entrepreneur.e.s pour les aider à trouver les bonnes ressources au bon moment.

Céline Juppeau, fondatrice de la startup Kotmo

Des inégalités dans le développement startup?

Formuler son besoin et trouver la bonne ressource, donc. Mais trouver les ressources nécessaires au développement est parfois plus difficile en région. « C’est sûr qu’il y a une plus grande concentration des acteurs qui facilitent la création de startups dans les grands centres urbains », explique Jean-Yves Bourgeois. « Je pense qu’en région, on n’a pas encore accès au même potentiel de maillage — mais c’est en train de changer, notamment grâce au virtuel. Et tant mieux, parce qu’il y a de belles choses qui se font en région ». Pour Jean-Philippe, dont l’entreprise est spécialisée en production de rapports d’analyse et de marketing pour des agences et startups du monde entier, la situation est aussi encourageante: « L’écosystème prend de la maturité », constate-t-il. Pour cet entrepreneur qui a évolué depuis Alma dans plusieurs startups avant de se lancer, il est clair que « quelqu’un avec un peu de motivation peut faire aussi bien en région qu’ailleurs ». 

Pour Céline, fondatrice de la startup Kotmo, qui développe, produit et commercialise des produits promotionnels destinés aux entreprises soucieuses de leurs impacts environnementaux et sociaux, un autre écart à combler se trouve du côté du secteur d’activité. Si certaines technologies ont le vent dans les voiles, d’autres secteurs, comme celui de la production manufacturière, se voient parfois un peu négligés dans l’univers startup. « Il va falloir qu’on réussisse à mieux valoriser cette industrie qui fait vivre un nombre très important d’emplois à travers le Québec. Il faut que tout le monde soit pris en compte: il y a encore beaucoup de travail à faire. »

« On est tous et toutes sur les blocs de départ »

Pour Louis-Félix Binette, pas de doute: après une année d’introspection, on est tou.te.s prêt.e.s à se relancer dans la course. « Partout dans le monde, on voit des écosystèmes qui recommencent à tirer leur épingle du jeu. Il faut se rappeler que nos startups québécoises sont en compétition avec le reste du monde. Et que cette course-là, il faut qu’on la mène main dans la main »

MAIN a en ce sens annoncé le dévoilement de deux initiatives majeures visant à propulser l’écosystème encore plus loin:

  • Le lancement à venir du rapport de recherche « Incursion dans les régions du Québec », qui se penchera notamment sur la complémentarité des expertises en accompagnement et en financement, les indicateurs de succès et la mobilité des startups.
  • L’annonce du projet Continuum startup, soutenu par le Fonds du Grand Mouvement Desjardins, aux côtés de Jean-Yves Bourgeois Premier vice-président services aux entreprises au Mouvement Desjardins.

Accrochez vos patins et préparez vos souliers de course: la rentrée s’annonce riche en action et en défis!

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