Quelles sont les perspectives pour le rôle des professionnel.le.s de l’accompagnement en 2026 ?

Quelques leçons que MAIN a retenues du Sommet NACO (National Angel Capital Organization) à l’attention des professionnel.le.s de l’accompagnement

 

D’entrée de jeu, soulignons une phrase de Pierre Chadi, membre du CA du NACO.

« [Les professionnel.le.s de l’accompagnement] sont souvent sous-payé.e.s, et ils et elles le font par passion. Ce rôle doit être légitimé comme celui de « véritables bâtisseur.e.s » de l’écosystème. »

Ce n’est pas une politesse, mais plutôt un constat structurel que l’investisseur.e nous invitait à considérer, et surtout une invitation à revendiquer que ce sont réellement les gens qui font le travail de coordination entre d’un côté les anges et les fonds d’amorçage, et de l’autre les incubateurs et les accélérateurs.

Les transferts : le maillon que l’on sous-estime

Le « handover », ce moment où une startup passe des mains d’un ange à un fonds d’amorçage, puis à un VC, est l’une des coutures les plus fragiles du continuum de capital de risque canadien. Alex MacBeath, associé directeur chez Island Capital Partners, et Pierre Chadi, ange actif chez Anges Québec, en ont parlé en toute franchise.

Selon eux, il n’existe pas de mécanisme formel pour orchestrer ces transitions. Ce qui fonctionne, c’est la relation, construite sur le temps, la confiance, et une volonté délibérée de travailler en dehors ds frontières régionales. Alex MacBeath co-investit régulièrement avec des fonds d’Ontario, du Québec et de l’Alberta pour arrimer ses startups à un large réseau avant que celles-ci ne soient tentées de partir aux États-Unis. Il est d’avis que le Canada perd ses entreprises tôt, pas tard. Toutefois, si elles sont bien ancrées dans leur écosystème local, elles restent au pays.

Pour les professionnel.le.s de l’accompagnement, c’est une question de posture : est-ce qu’on prépare activement nos entreprises à ces transitions, ou est-ce qu’on les laisse naviguer seules?

Le syndrome des fondateurs.trice.s : nommer ce qu’on voit

Selon Alex MacBeath,il faut se méfier du « founder syndrome ».

C’est le fondateur dont toute l’identité est fusionnée à son idée initiale. Celui qui est convaincu d’être le seul ou la seule à comprendre le problème, qui ne peut pas s’échapper de sa « fondatorialité », dit MacBeath. Il appelle ça l’effet HIPPO, correspondant à la personne la mieux payée d’une boîte et qui finit par écraser toute la dynamique.

Sa réponse concrète est la suivante : il faut insister sur la mise en place d’un conseil d’administration dès les premiers stades. C’est important de ne pas voir cela comme formalité, mais comme outil d’imputabilité pour établir des attentes claires, fixer des métriques, et créer un cadre qui permet d’avoir les conversations difficiles sans que tout repose seulement sur le pro de l’accompagnement.

C’est une piste directement actionnable pour ceux et celles qui se retrouvent à gérer cette tension au quotidien !

La proximité comme infrastructure

Pierre Chadi a partagé un exemple québécois qui vaut la peine d’être exporté : l’Espace CDPQ possède un espace où gestionnaires de fonds et anges investisseurs partagent le même étage. La proximité physique crée des relations que les appels Zoom ne créent pas.

Sa conviction : ce modèle devrait être répliqué partout au pays. Calgary le fait, et d’autres régions s’y mettent aussi. Au-delà de la question du budget, ne serait-il pas question de volonté organisationnelle ?

Pour nous, professionnel.le.s de l’accompagnement, l’enjeu est le même : est-ce que nos espaces physiques créent vraiment des conditions de rencontre et de confiance ? Ou est-ce qu’on se retrouve dans des silos bien intentionnés ?

Inclusion et nouveaux outils : élargir la table

Bobbie Racette, fondatrice de Virtual Gurus et de Tapwi, a souligné une donnée étonnante : les femmes autochtones lancent des entreprises à un rythme dix fois supérieur aux femmes non autochtones. Et elles ne se financent pas. Les réseaux ne sont pas adaptées pour elles, mais elles ne manquent pas d’idées pour autant.

Elle a aussi mis de l’avant l’accord SILE comme modèle alternatif d’investissement : un ange offre du mentorat en échange d’un partage de profits, sans dilution d’équité. Un modèle pensé pour des fondateurs.trices pour qui la prise d’équité représente une barrière culturelle et psychologique réelle.

Pour les professionnel.le.s de l’accompagnement, cela peut signifier de diversifier les profils qu’on invite dans le groupe entourant l’entreprise, ainsi que de diversifier les outils de financement que l’on maîtrise suffisamment pour les recommander.

Note : MAIN a volontairement écarté de cet article les sujets liés à la défense, à la BSRD, aux contrats souverains et aux leçons de Quantropi. Comme ceux-ci soulèvent des enjeux particuliers pour les startups canadiennes, nous les traiterons en profondeur lors de la parution de notre prochain article.